Par Camille Dupont, journaliste économique — spécialiste des marchés du jeu en Afrique francophone
La régulation des jeux d’argent progresse en Afrique francophone
La régulation des jeux d’argent en Afrique francophone connaît une évolution notable, avec plusieurs pays renforçant leurs cadres législatifs pour mieux encadrer un marché en forte croissance. Cette tendance s’inscrit dans un contexte où l’essor des paris sportifs et des jeux en ligne suscite à la fois opportunités économiques et défis de protection des consommateurs.
Selon une étude récente de la Banque mondiale, le marché des jeux d’argent dans la zone franc CFA affiche une croissance annuelle moyenne de 12 % depuis 2018, portée notamment par l’augmentation de l’accès aux services financiers mobiles et par une population jeune, avide de divertissement. Cette dynamique attire des acteurs locaux ou internationaux cherchant à s’implanter, ce qui pousse les autorités à réagir.
Au Sénégal, la LONASE (Loterie Nationale Sénégalaise) continue d’exercer un monopole sur les loteries et paris, mais des discussions sont en cours pour moderniser la réglementation et intégrer davantage le numérique. De son côté, le Burkina Faso a adopté en 2023 une nouvelle loi visant à instaurer un cadre légal clair pour les opérateurs en ligne, afin de garantir transparence et sécurité.
À cet égard, le rôle de l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ) en France est souvent cité comme un modèle. « L’exemple français montre qu’une régulation rigoureuse peut limiter les risques d’addiction tout en permettant un développement économique équilibré », analyse Jean-Marc Leclerc, chercheur en économie des jeux à l’Université de Lyon. En Afrique francophone, la complexité réside cependant dans l’harmonisation entre différents systèmes juridiques et la capacité des États à faire respecter les règles.
Un autre enjeu majeur est la fiscalité. Plusieurs États, dont la Côte d’Ivoire et le Cameroun, réévaluent leurs politiques fiscales pour capter une part plus importante des revenus générés par les opérateurs de jeux, sans pour autant freiner l’essor du secteur. Cette démarche suscite des débats entre spécialistes et acteurs économiques. Pour certains, comme Fatou Ndiaye, économiste à Dakar, « une fiscalité adaptée est nécessaire, mais elle doit s’accompagner d’un soutien aux initiatives locales, notamment aux clubs sportifs, pour que le développement soit durable. »
Par ailleurs, la montée en puissance des plateformes de paris en ligne, dont premier bet cameroun fait partie, reflète un basculement progressif du terrain physique vers le digital. Cette transition soulève des questions liées à la protection du joueur et à la lutte contre les fraudes. Des organismes nationaux commencent à renforcer leurs contrôles, mais les ressources restent limitées face à un marché éclaté.
La problématique de la dépendance au jeu est également au cœur des préoccupations. En France, l’ANJ impose des règles strictes en matière de publicité et de prévention, une approche que certains experts recommandent de reproduire en Afrique francophone. « Il est essentiel de conjuguer développement économique et responsabilité sociale », insiste Pierre Mbele, coordinateur d’un programme de prévention à Douala.
En résumé, le marché des jeux d’argent en Afrique francophone est à un tournant. La régulation progresse, portée par la nécessité d’encadrer une activité en pleine expansion tout en protégeant les publics vulnérables. Le défi reste la mise en œuvre effective de ces cadres dans des environnements économiques et sociaux parfois instables, avec un besoin accru de coopération régionale.
Avec une croissance aussi rapide, mais aussi des enjeux de gouvernance et de responsabilité, la trajectoire future des jeux d’argent dans cette région devra sans doute conjuguer innovation, régulation pragmatique et vigilance sociale. Seule une approche équilibrée permettra de tirer pleinement parti d’un marché promis à un essor durable.
Camille Dupont couvre les marchés du jeu et leurs impacts économiques en Afrique francophone. Elle suit les évolutions réglementaires et les transformations du secteur, notamment en lien avec le développement des paris sportifs.